Titre : Voyage en Orient (1832-1833)
Auteur : Alphonse de Lamartine
Éditeurs scientifiques : Hussein I. El-Mudarris & Olivier Salmon
Préface par Mahat Farah El-Khoury
Prix : 24,50 euros
1e édition :
    – Éditeurs : Aleppo Art & Ray Publishing and Science
    – Publication : mai 2009
    – Format : 17 x 24 cm,
cartonnage, 496 pages, 92 illustrations  noir et blanc
2e édition :
    – Éditeur : Dar Al-Mudarris
    – Publication : 2015
    – Format : 18,9 x 24,6 cm,
496 pages, 92 illustrations  noir et blanc

    Le Voyage en Orient de Lamartine, ouvrage quelque peu méconnu, n’est pas une visite de plus à la recherche des ruines de l’Antiquité ou sur les traces des scènes bibliques au Liban, en Palestine, en Syrie et en Turquie ; il s’agit aussi d’un voyage poétique, philosophique, initiatique, marqué par la mort de sa fille Julia, en même temps qu’une découverte de l’Empire ottoman et de l’islam, ou plutôt une rencontre humaine avec ses habitants de toutes confessions. Son christianisme rationnel et son ouverture envers l’islam lui valurent les foudres de la critique de l’époque. C’est précisément cette tolérance et cette volonté de faire tomber les barrières entre les deux religions qui justifient cette réédition, agrémentée des gravures des différentes publications du XIXe siècle. « Changer d’horizon moral, c’est changer de pensée ». Autrement dit, voyager, c’est philosopher. Ce livre est une invitation au voyage et à la réflexion éminemment actuelle sur le rapport à « l’autre » qui, peu ou mal connu, suscite crainte et rejet. La conclusion de Lamartine à son départ de Constantinople constitue à ce titre une magnifique leçon d’humanisme : « toutes les religions avaient leur divine morale, toutes les civilisations leur vertu, et tous les hommes le sentiment du juste, du bien et du beau, gravé en différents caractères dans leur cœur par la main de Dieu. »

 Voir un extrait

à travers la presse

Lamartine et l’Orient

   Les raisons du voyage en Orient de Lamartine sont relativement classiques : la lecture de la Bible de Royaumont, richement illustrée de gravures, lui donne envie dès son enfance de parcourir la Terre sainte. La visite de la Palestine est donc avant tout un pèlerinage. Par ailleurs, Lamartine est un homme engagé dans la vie publique : sans qu’il voyage explicitement dans un but politique, son œuvre reflète cependant les idées de son époque sur la question d’Orient et sur le projet de voir démembrer l’Empire ottoman qui est devenu un cliché de la littérature de voyage au Levant. Les motivations sont donc avant tout religieuses, mais des réflexions politiques surgissent au fil du voyage, les deux aspects se trouvant tout à fait conformes à l’esprit du début du XIXe siècle et à la littérature de voyage de l’époque.

   Cependant, le récit de Lamartine n’est pas exempt d’originalités. Aux motivations mentionnées ci-dessus, il convient d’ajouter une dimension humaine et artistique inhabituelle. Dans son avertissement au lecteur, Lamartine explique être passé au Levant « en poète et en philosophe », et déclare au cours de son récit être venu « seulement admirer l’œuvre de Dieu dans les plus belles contrées du monde, étudier les mœurs, voir et aimer les hommes ». Il n’est certes pas le premier écrivain à voyager – Chateaubriand auquel il rend hommage l’a devancé d’une vingtaine d’années – mais il est sans doute parmi les premiers à le faire en tant que poète, ce qui se traduit par l’insertion de poèmes inspirés par ses rencontres ou par les lieux traversés, ainsi que par de belles descriptions poétiques de la nature du mont Liban, des ruines de Baalbek, etc. La mort de sa fille Julia lors de son séjour à Beyrouth donne à l’ouvrage une tonalité particulière et constitue une autre originalité. Cet événement tragique marque aussi un tournant dans la quête religieuse et philosophique de l’écrivain.

   Lamartine n’est pas un simple visiteur de l’Empire ottoman, il entretient un lien particulier avec l’Orient. S’imaginant des origines arabes et des ancêtres dénommés « Allamartine », il envisage de s’établir sur les terres du sultan et réalise ce rêve en 1849 : Abd-ul-Mejid lui octroie un domaine dans la région de Smyrne. L’aventure tournera court mais révèle que l’Orient est bien la « terre de son imagination ».